Propos d’un curé

Un projet paroissial

À mon arrivée dans la paroisse en août 1999, je vous avais proposé de réfléchir à la mission que nous allions poursuivre ensemble au cours des prochaines années. L’essentiel de ma pensée, exprimée à cette occasion, demeure toujours actuel, même si des lenteurs n’ont pas encore permis de réaliser tous les projets.

Notre mission commune

Notre mission commune, c’est de continuer ce que Jésus a fait : être des signes, par nos paroles et nos actes, de l’amour que Dieu le Père porte aux hommes et aux femmes d’aujourd’hui. Cette mission est confiée à tous les baptisés et, dans cette mission, le curé est avant tout un baptisé au milieu des autres baptisés.

Cette manière de voir la mission de l’Église confiée à tous les baptisés a été largement promue par le concile Vatican II.

L’Esprit saint suscite des dons et des talents différents et complémentaires, pour que tous les aspects de la mission dans la paroisse soient comblés. Saint Paul disait que, dans l’Église, les besoins sont variés et les dons et les talents suscités par l’Esprit pour y répondre sont également très variés.

Des dons variés sont déjà mis au service de la mission de la paroisse. Il faut cependant toujours demeurer à l’écoute de l’Esprit saint pour voir s’il n’est pas en train de susciter d’autres dons ou services au sein de la communauté pour continuer à la faire grandir. Que veut susciter l’Esprit Saint pour que l’Évangile soit davantage annoncé aux jeunes, aux jeunes adultes, aux familles ?

Le rôle du curé

Dans l’ensemble des services nécessaires à la vitalité de la paroisse, un premier service du curé, c’est le service de la communion et de l’unité, dans la reconnaissance et le respect de la diversité des dons qui sont donnés par l’Esprit saint aux paroissiens.

Le curé est aussi appelé à jouer un rôle particulier dans l’annonce de l’Évangile, sans toutefois que ce rôle lui soit exclusif. Répandre l’Évangile demeure la mission de tous les baptisés. Le rôle du pasteur, c’est de rappeler des aspects de l’Évangile qui pourraient être oubliés. C’est aussi à lui, si une paroisse est portée à se replier sur elle-même, de rappeler que l’Évangile invite à s’ouvrir aux autres.

Le curé préside aussi la célébration des sacrements où tous les paroissiens apportent leurs joies et leurs peines pour les présenter au Seigneur avant de repartir remplir leur mission à travers leur vie quotidienne, familiale ou professionnelle.

Il y a un lien très important entre tous ces rôles. C’est parce qu’il est plus particulièrement responsable de l’unité de la communauté paroissiale que le curé préside l’Eucharistie qui est le sacrement de l’unité et de l’amour.

La complémentarité des rôles

Ces rôles doivent s’exercer dans la complémentarité. Il est important que le curé n’accapare pas tous les rôles au détriment de la vitalité de la paroisse. Il est tout aussi important que chacun, paroissien ou paroissienne, joue pleinement son rôle dans la mission de l’Église et ne remette pas tout sur les seules épaules du curé.

Faire route ensemble

Nous faisons route ensemble. Je voudrais que se développe toujours dans la paroisse un esprit de synodalité ; cela veut dire faire route ensemble en vivant un vrai partage des responsabilités.

Nous sommes tous responsables de la vitalité de la paroisse, chacun selon les talents reçus de l’Esprit. Nous avons tous besoin les uns des autres.
Je compte sur votre aide pour devenir de jour en jour, au milieu de vous, un meilleur curé.

Votre curé,
Michel Ayotte



La Bible nous parle encore…

Moïse ne savait pas travailler…

Moïse s’est fait dire, un jour, par Jéthro, son beau-père, qu’il ne savait pas travailler. Jéthro avait observé Moïse toute la journée. Le soir, il avait demandé à Moïse de lui expliquer ce qu’il faisait pour le peuple.

Moïse expliqua à Jéthro que « c’était le peuple qui venait à lui pour consulter Dieu ; que s’ils avaient une affaire, les gens venaient à lui pour qu’il règle le litige ; qu’il leur expliquait les décrets de Dieu et ses lois. » Jéthro répondit à Moïse :

« Moïse, ta façon de faire n’est pas la bonne. Tu vas t’épuiser, ainsi que le peuple qui est avec toi. La tâche est trop lourde pour toi. Tu ne peux pas l’accomplir seul. Maintenant, écoute ma voix ! Je te donne un conseil et que Dieu soit avec toi !

Sois donc le représentant du peuple en face de Dieu :

c’est toi qui porteras les affaires devant Dieu, qui aviseras les gens des décrets et des lois, qui leur fera connaître le chemin à suivre et la conduite à tenir. Et puis, tu discerneras, dans tout le peuple, des hommes de valeur, craignant Dieu, dignes de confiance, incorruptibles et tu les établiras sur eux comme chefs de milliers, chefs de centaines, chefs de dizaines. Ils jugeront le peuple en permanence.

Tout ce qui a de l’importance, ils te le présenteront, mais ce qui en a moins, ils le jugeront eux-mêmes. Allège ainsi ta charge. Qu’ils la portent avec toi ! »

« Si tu fais cela, Dieu te donnera ses ordres, tu pourras tenir et, de plus, tout ce peuple rentrera chez lui en paix. »

« Moïse écouta la voix de son beau-père et fit ce qu’il avait dit. »
(Livre de l’Exode, 18, 13-24)

Ce texte pourrait certainement inspirer la manière de partager les responsabilités dans la paroisse, surtout si l’on comprend bien que souvent, dans la Bible, « juger » veut dire guider ou animer le peuple de Dieu.

Cette manière de faire laisserait de la place à toutes les personnes qui veulent s’engager et la vie de la paroisse s’en porterait mieux.

Votre curé,
Michel Ayotte



Une réflexion d’Olivier Le Gendre

Notre paroisse a-t-elle un avenir ? À quelles conditions ?

De quoi vit une communauté ? La réponse ne peut pas être : « de ses prêtres et de sa hiérarchie », mais « de sa volonté et de son désir propres d’être une communauté assemblée au nom du Christ », réclamant alors que soit exercé en son sein un certain nombre de fonctions et de ministères.

Ce n’est pas une réflexion sur la prêtrise qui est aujourd’hui la plus urgente, contrairement à ce que l’on pense trop souvent, contrairement à l’inclinaison naturelle des gouvernant préoccupés de la diminution des prêtres. C’est une réflexion sur la communauté qui est primordiale, sur ses ressorts, ses besoins, ses expressions, ses exigences internes.

« Considérer d’abord les communautés, c’est s’attacher à penser la vocation des chrétiens, ceux-là que l’on appelle les laïcs. Les communautés dépendent de ceux qu’elles rassemblent. Qui sont-ils ? Comment vivent-ils leur baptême ? Quel temps et quelle attention accordent-ils à leur foi, à sa célébration, à ses exigences ? »

[…] « Les communautés doivent sécréter les services dont elles ont besoin à partir de l’identification par elles—mêmes de ces besoins. Elles doivent être responsables de la reconnaissance de ceux-ci, du discernement de ce qui est important et ne l’est pas, de ce qui est prioritaire au tamis de l’Évangile.

Une communauté n’existe pas si elle ne se prend pas en charge, si elle attend d’un autre ou de quelques autres de lui insuffler son souffle vital. Une communauté n’existe pas si elle transfère sur un délégué à plein temps le souci de la faire exister. »

[…] Les communautés chrétiennes demandent que certains de leurs membres répondent à l’appel du ministère sacramentel, elles demandent à la continuité apostolique de leur envoyer ou de désigner en leur sein ceux-là qui leur apporteront la vie sacramentelle.

[…] Il est révélateur qu’aujourd’hui ce soit le problème du sacerdoce qui soit mis en avant : diminution des vocations, ordination des hommes mariés, ordination des femmes. Pourquoi cette obsession ? Simplement parce que c’est le prêtre qui est devenu la figure centrale de l’Église. Celui-ci tousse et c’est l’Église tout entière qui s’alite.

Le prêtre est important pour l’Église en général et les communautés en particulier, mais sortir de la crise implique que la communauté redevienne la figure centrale de l’Église. C’est parce que les communautés locales sont anémiées que l’Église est malade et que les prêtres sont souffrants. C’est parce que les communautés se sont anémiées pendant des décennies que le nombre des prêtres a tellement diminué.

« Le souci de l’Église devra redevenir le souci de ses membres et pas seulement de sa hiérarchie. II ne s’agit pas d’une prise de pouvoir par les laïcs ou par les communautés mais d’une reprise de responsabilité de leur part à l’égard de leur avenir et de leur fonctionnement. »

[…] « Débarrasser le prêtre de son habit de chef d’entreprise qui lui va si mal sera une tâche essentielle. Il cessera d’être considéré compétent en toutes choses. Sa vocation ne sera plus d’assurer la totalité des tâches nécessaires à la vie de la communauté. Si celle-ci ne veut pas assurer celles-là, elle est une assemblée tenue en survie artificielle par son prêtre qu’elle éreinte et tue pour lui conférer un semblant d’existence. »

[…] « L’enjeu n’est pas dans le modèle du prêtre mais dans la reconstitution de communautés qui le soient vraiment et ne soient pas seulement la réunion épisodique de personnes ou de familles sans solidarité de destin, de vie ou de projet. »

Le GENDRE, Olivier. Lettre aux successeurs de Jean-Paul II, Desclée de Brouwer, mai 2002, extraits des pages 80 à 84.